Couts et operations

Horaire de travail en restauration : ce que la loi exige

Par Pete Ross2 octobre 202612 min de lecture
Un horaire de la semaine épinglé près du passe d'une cuisine de restaurant, une case du samedi encerclée au crayon

Au Québec, la loi ne dicte pas l'horaire de ton resto. Elle fixe des limites autour : 40 heures avant le temps et demi, 30 minutes de pause après 5 heures, 32 heures de repos d'affilée par semaine, un droit de refus si l'horaire arrive moins de 5 jours d'avance ou si le quart s'étire trop, et des règles serrées pour tes employés de 14 à 16 ans.

Le reste, c'est toi qui décides. Et c'est là que ça devient intéressant, parce que la plupart des proprios se trompent dans les deux sens. Ils s'imposent des règles qui n'existent pas (la pause café obligatoire, l'horaire à afficher par la loi) et passent à côté de celles qui existent vraiment (le seuil de 12 heures pour les quarts coupés, le plongeur de 15 ans qui doit être chez lui à 23 h).

Si tu cherches les bases (indemnité de 3 heures, uniformes, pourboires, salaire minimum), on les a déjà couvertes dans les règles de travail en restauration au Québec. Ici, on reste collés sur une seule question : qu'est-ce que la loi exige quand tu bâtis ton horaire?

Les règles d'horaire en un coup d'œil

Règle Ce que dit la Loi sur les normes du travail Ce que ça veut dire au resto
Semaine normale 40 heures Le temps et demi commence à la 41e heure de la semaine, pas après 8 heures dans une journée
Heures sup Salaire horaire habituel + 50 % Un cuisinier à 20 $/h coûte 30 $/h à partir de la 41e heure
Pause repas 30 minutes après 5 heures consécutives Non payée, sauf si l'employé ne peut pas quitter son poste
Pause café Aucune obligation Si tu en donnes une, elle doit être payée
Repos hebdomadaire 32 heures consécutives Une fermeture dimanche à minuit, un retour mardi 8 h au plus tôt
Préavis d'horaire Droit de refus si l'horaire n'est pas connu 5 jours d'avance Aucune date de publication imposée, mais un quart annoncé 3 jours avant peut être refusé
Heures de trop Droit de refus au-delà de 2 h de plus que l'horaire habituel, 14 h sur 24 h (12 h si les heures sont variables ou coupées) ou 50 h par semaine Le « peux-tu rester fermer? » a une limite
Jeunes aux études 17 h par semaine max, 10 h du lundi au vendredi, à la maison entre 23 h et 6 h Pas de fermeture pour ton plongeur de 15 ans pendant l'année scolaire

Source : CNESST. Maintenant, les détails qui font la différence.

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Dois-tu afficher ton horaire d'avance?

Non. Aucun article de loi ne t'oblige à publier l'horaire le jeudi, ni à le coller sur le frigo de la cuisine.

Par contre, un employé peut refuser de travailler si tu ne l'as pas informé de son horaire au moins 5 jours d'avance. La nuance compte. Ce n'est pas une amende qui tombe au 4e jour. C'est ton employé qui peut te dire « non, je ne rentre pas samedi », et tu ne peux pas le sanctionner pour ça.

L'exception : quand la nature des fonctions exige que la personne reste disponible. Dans un resto, ça vise surtout un gérant ou un employé dont le poste prévoit clairement qu'il est sur appel. « On est une business où tout peut changer » ne transforme pas tout ton staff en employés sur appel.

Notre position : publie 7 jours d'avance, pas 5. Les 2 jours de marge absorbent l'imprévu (un malade, une réservation de groupe qui tombe mercredi) sans que tu te retrouves à quémander un remplaçant qui a le droit de dire non. Et si tu construis déjà ton horaire à partir de tes pics d'achalandage avec un gabarit rotatif, publier une semaine d'avance ne te coûte à peu près rien.

Quand ton employé peut-il refuser de rester plus tard?

C'est la règle que tout le monde connaît mal, parce qu'elle a trois seuils qui ne se calculent pas de la même façon.

Le seuil quotidien. Ton employé peut refuser de travailler plus de 2 heures au-delà de ses heures habituelles de la journée, ou plus de 14 heures sur une période de 24 heures. C'est le plus court des deux qui s'applique.

Un exemple de mardi soir. Ta cuisinière est à l'horaire de 15 h à 23 h. Le groupe de 18 personnes s'étire, la plonge déborde, tu lui demandes de rester fermer. Jusqu'à 1 h, elle reste si elle le veut bien. Après 1 h, elle peut dire non.

Le piège des quarts coupés. Pour les employés dont les heures quotidiennes sont variables ou non continues, le seuil tombe à 12 heures sur 24 heures au lieu de 14. Relis la phrase : non continues. Ton serveur qui fait le lunch de 11 h à 14 h30 et revient de 17 h à 22 h a un quart coupé. C'est lui, exactement, que la règle vise.

Même chose pour le fameux « fermeture-ouverture ». Ton barman ferme vendredi de 17 h à 1 h, puis tu le mets à l'ouverture samedi à 9 h. Entre vendredi 17 h et samedi 17 h, ça fait 16 heures de travail sur 24. Il peut refuser les heures au-delà de 14. La loi ne l'interdit pas, mais elle lui donne le droit de dire non. Et en pratique, c'est comme ça que tu brûles ton monde.

Le seuil hebdomadaire. Au-delà de 50 heures dans la semaine, ton employé peut refuser, peu importe comment les heures sont réparties.

Les seules exceptions : un danger pour la vie, la santé ou la sécurité de quelqu'un, un risque de dommages graves aux biens, ou un cas de force majeure. Un samedi plein n'en est pas un.

Heures supplémentaires : à partir de quand le temps et demi?

À la 41e heure de la semaine. Pas après 8 heures dans une journée. Si tu as déjà géré une cuisine en Colombie-Britannique, oublie ce réflexe : là-bas, le temps et demi part après 8 heures par jour. Ici, c'est la semaine qui compte.

Une journée de 10 heures le samedi n'est donc pas du temps supplémentaire en soi. Une semaine de 46 heures, oui : les 6 dernières.

Le calcul, selon la CNESST : le salaire horaire habituel majoré de 50 %, sans compter les primes à l'heure (soir, nuit). Et les jours fériés et les vacances pris dans la semaine comptent comme des heures travaillées pour atteindre les 40 heures.

Cuisinier à 20 $/h Heures payées Coût
Semaine de 40 h 40 × 20 $ 800 $
Semaine de 46 h 40 × 20 $ + 6 × 30 $ 980 $
Prime payée pour les 6 heures 6 × 10 $ 60 $

Soixante dollars, ça ne tue pas un resto. Mais une brigade de trois qui fait 46 heures toutes les semaines de l'été, c'est 180 $ par semaine, près de 2 400 $ sur une saison de 13 semaines. Avant même les charges sociales. Si tu veux voir le vrai poids de ton équipe au complet, on a fait le calcul dans ce que ton équipe te coûte vraiment.

Le congé au lieu de la paie. Tu peux remplacer le paiement des heures supplémentaires par un congé payé, à raison d'une heure et demie de congé par heure supplémentaire. Mais seulement si c'est l'employé qui le demande (ou si une convention collective le prévoit). Tu ne peux pas l'imposer pour éviter de sortir de l'argent en pleine saison.

L'étalement des heures : l'outil légal que presque personne n'utilise

Ton resto est plein vendredi-samedi et vide le lundi. Ton cuisinier fait 48 heures une semaine, 32 la suivante. Sans rien signer, tu paies 8 heures à temps et demi sur la première semaine, même si la moyenne est de 40.

L'étalement des heures règle ça. Sans autorisation de la CNESST, tu peux calculer les heures sur une période allant jusqu'à 4 semaines, aux conditions suivantes :

  • une entente écrite avec l'employé
  • aucune semaine ne dépasse la semaine normale de plus de 10 heures (donc 50 heures au maximum)
  • la moyenne sur la période reste à 40 heures
  • chacun peut y mettre fin avec un préavis de 2 semaines
  • l'entente est libre : tu ne peux pas en faire une condition d'embauche

Sur l'exemple du cuisinier à 20 $/h, la prime évitée est de 80 $ par cycle de deux semaines. Sur un été, ça commence à compter.

Au-delà de 4 semaines, ou pour tout un groupe d'employés, il faut une autorisation de la CNESST, avec la signature de la majorité des employés visés et une demande déposée au moins 2 mois d'avance. Pour un petit resto, l'entente individuelle suffit presque toujours.

Pauses et repos : ce qui est obligatoire (et ce qui ne l'est pas)

On ne refait pas tout le détail, le guide des règles de travail s'en charge. Juste ce qui touche l'horaire directement :

  • Pause repas : 30 minutes après 5 heures consécutives. Non payée, sauf si l'employé doit rester à son poste. Un cuisinier seul en cuisine pendant le rush ne prend pas une vraie pause, donc tu la paies.
  • Pause café : la loi n'en impose aucune. Si tu en accordes une, elle est payée.
  • Repos hebdomadaire : 32 heures consécutives. Pas « une journée off ».
  • Indemnité de présence : tu renvoies quelqu'un chez lui après 1 h 30 parce que c'est mort? Tu lui dois 3 heures de salaire. Et un détail que beaucoup oublient : pour un employé au pourboire, la CNESST précise que l'indemnité doit inclure les pourboires qu'il aurait reçus pendant ces heures. Trois heures au taux de 13,30 $ ne suffisent pas.

Ce qui compte comme du temps de travail avant et après le quart

Tu demandes à ton équipe d'arriver 15 minutes avant l'ouverture pour le briefing du menu? Ces 15 minutes sont payées. La CNESST est claire : le temps où un employé est disponible sur les lieux et attend qu'on lui donne du travail, la formation obligatoire et les déplacements exigés par l'employeur sont du temps de travail.

Dans un resto, ça vise concrètement :

  • le briefing de pré-service
  • la réunion d'équipe du lundi après-midi
  • la formation sur le nouveau POS
  • le shift d'essai d'un candidat, si tu lui fais faire du vrai travail
  • le temps où tu fais attendre quelqu'un sur place « au cas où ça rentre »

Si c'est sur ton horaire, c'est sur ta paie.

Tes employés de 14 à 16 ans

C'est ici que les petits restos se font surprendre le plus souvent, parce que les jeunes sont souvent à la plonge, à l'accueil ou au comptoir.

Depuis 2023, l'âge minimum pour travailler au Québec est de 14 ans, sauf exceptions prévues par la loi. Et tant qu'un jeune est soumis à l'obligation de fréquentation scolaire (en gros, jusqu'à la fin de l'année scolaire où il a 16 ans), son horaire est encadré :

  • 17 heures par semaine au maximum
  • 10 heures au maximum du lundi au vendredi
  • pendant les heures de classe, il est en classe
  • entre 23 h et 6 h, il doit être à la maison

Lis la dernière ligne deux fois. Être à la maison à 23 h, pas finir à 23 h. Si ton plongeur de 15 ans prend l'autobus 25 minutes pour rentrer, son quart finit vers 22 h30. Adieu la fermeture du samedi.

Ces limites tombent pendant les congés de plus de 7 jours consécutifs sans école : l'été, les Fêtes, la relâche. Ton jeune peut faire tes soirées de juillet. Pas celles d'octobre.

Jours fériés : l'horaire qui coûte plus cher

Le Québec compte 8 jours fériés, chômés et payés : le jour de l'An, le Vendredi saint ou le lundi de Pâques, la Journée nationale des patriotes, la Fête nationale, la fête du Canada, la fête du Travail, l'Action de grâce et Noël.

Si ton resto est ouvert et que tu mets quelqu'un à l'horaire ce jour-là, tu as deux options : lui payer son salaire plus l'indemnité du jour férié, ou lui donner un congé compensatoire dans les 3 semaines avant ou après. La Fête nationale a ses propres règles pour le congé compensatoire, vérifie-les avant le 24 juin.

L'indemnité équivaut à 1/20 du salaire gagné pendant les 4 semaines complètes de paie avant la semaine du congé, heures supplémentaires exclues. Pour tes serveurs, les pourboires déclarés ou attribués entrent dans le calcul. Une serveuse qui a gagné 2 400 $ en salaire et pourboires déclarés sur ces 4 semaines a droit à 120 $ d'indemnité. Encore une bonne raison de tenir un registre de pourboires propre.

La loi fixe un plancher. Ton horaire, c'est toi qui le dessines.

Rien dans ces règles ne t'empêche d'ouvrir 7 jours sur 7, de faire des quarts coupés ou de garder ton meilleur cuisinier sur les grosses soirées. La loi te demande juste de le faire en connaissant les seuils.

Et une fois qu'ils sont dans ton gabarit, tu n'y penses plus. Publier 7 jours d'avance, garder chaque bloc à au moins 3 heures, ne jamais dépasser 12 heures sur 24 pour un quart coupé, finir tes jeunes assez tôt pour qu'ils soient chez eux à 23 h, signer une entente d'étalement avec ceux qui la veulent. Cinq réflexes. Si tu utilises un logiciel d'horaire, vérifie qu'il t'avertit quand tu franchis l'un de ces seuils. Sinon, une colonne de plus dans ton Google Sheet fait la job.

Le jour où quelqu'un te dit non, tu seras content de savoir si c'est son droit.


Sources : CNESST, présence au travail, pauses et repos hebdomadaire, CNESST, droit de refuser de faire des heures supplémentaires, CNESST, heures supplémentaires, CNESST, étalement des heures de travail, CNESST, fréquentation scolaire et horaire de travail d'un jeune, CNESST, Loi sur l'encadrement du travail des enfants, CNESST, jours fériés, CNESST, calcul de l'indemnité de jour férié.


Chez Trudy's Table, on ne fait pas d'horaires, on fait des réservations pour les restos indépendants. Mais on sait que les heures ne sont pas la seule dépense qui file entre les doigts. Si tu veux trouver la prochaine fuite dans ton mois, essaie notre calculateur de gaspillage alimentaire, c'est gratuit.


Questions fréquentes

Quels sont les horaires normaux de travail en restauration au Québec?

La semaine normale est de 40 heures. La loi n'impose pas d'heures de début ou de fin : un resto peut ouvrir 7 jours sur 7 et faire des quarts de soir. Ce sont les seuils qui comptent : 32 heures de repos consécutives par semaine, pause repas après 5 heures et temps et demi à partir de la 41e heure.

Un employeur doit-il afficher l'horaire de travail d'avance?

Aucune loi n'impose de date d'affichage. Par contre, un employé peut refuser de travailler s'il n'a pas été informé de son horaire au moins 5 jours d'avance, sauf si ses fonctions exigent qu'il reste disponible. Publier 7 jours d'avance donne une marge pour les imprévus sans risquer un refus.

Quand un employé de restaurant peut-il refuser des heures supplémentaires?

Quand on lui demande plus de 2 heures au-delà de ses heures habituelles, plus de 14 heures sur 24, ou plus de 12 heures sur 24 si ses heures sont variables ou coupées. Il peut aussi refuser au-delà de 50 heures dans la semaine, sauf danger pour la santé ou la sécurité, dommages graves ou force majeure.

Comment fonctionnent les horaires coupés (quarts fractionnés) au Québec?

Ils sont permis. Deux règles les touchent : l'indemnité de présence de 3 heures si un quart est écourté par l'employeur, et le seuil de refus de 12 heures sur 24 pour les heures non continues, au lieu de 14. Garder chaque bloc à au moins 3 heures évite la plupart des surprises.

Combien d'heures un jeune de 15 ans peut-il travailler dans un restaurant?

Pendant l'année scolaire, 17 heures par semaine au maximum, dont 10 heures au maximum du lundi au vendredi, jamais pendant les heures de classe, et il doit être à la maison entre 23 h et 6 h. Ces limites ne s'appliquent pas pendant les congés scolaires de plus de 7 jours, comme l'été.

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