TPS et TVQ sur les repas : ce que la campagne change

Une salade césar au comptoir de l'épicerie : zéro taxe de vente. La même salade, les mêmes ingrédients, préparée dans ta cuisine : 14,975 % de taxes sur la facture. Cette distinction coûte des milliards chaque année à l'industrie de la restauration canadienne. Restaurants Canada mène une campagne nationale pour y mettre fin.
La campagne « Food is Food », lancée en juin 2025, demande au gouvernement fédéral d'exempter tous les aliments de la TPS et de la TVH, y compris les repas au restaurant. Au Québec, la demande va plus loin : Restaurants Canada exhorte le gouvernement provincial à abolir aussi la TVQ sur les repas en salle et les commandes pour emporter.
Voici ce que ça signifie pour ton restaurant, les chiffres qui soutiennent la proposition, et ce que tu peux faire concrètement.
Ce que la campagne demande
L'argument est simple : un aliment, c'est un aliment, peu importe où on l'achète.
Le système fiscal actuel classe les produits d'épicerie de base comme détaxés. Les ingrédients bruts, la plupart des aliments emballés, et même plusieurs plats préparés vendus en épicerie ne portent pas de TPS. Mais dès qu'un aliment est préparé et servi dans un restaurant, la taxe de vente complète s'applique.
Restaurants Canada veut que le fédéral retire la TPS de 5 % sur tous les aliments, repas au restaurant inclus. Dans les provinces avec la TVH, la portion provinciale devrait aussi être revue. Au Québec, la TVQ est séparée et nécessiterait sa propre modification législative.
Le concept n'est pas nouveau. L'Irlande, le Royaume-Uni et l'Australie appliquent déjà des taux de TVA réduits ou nuls sur certains repas de restaurant. Ce qui est nouveau, c'est que le Canada a maintenant des données concrètes pour montrer ce qui se passe quand on retire la taxe.
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Le congé fiscal qui a tout changé
Du 14 décembre 2024 au 15 février 2025, le gouvernement fédéral a suspendu la TPS et la TVH sur les repas au restaurant. Les résultats ont été difficiles à contester.
| Indicateur | Résultat pendant le congé fiscal |
|---|---|
| Hausse des ventes en restauration | 8,6 % en janvier 2025 |
| Faillites de restaurants | Baisse de 50 % sur un an |
| Emplois créés | 24 000 en deux mois |
| Fréquentation | Hausse mesurable des sorties au restaurant |
Pour une industrie où 36 % des opérateurs sont à perte ou au seuil de rentabilité, ces chiffres représentent la preuve la plus solide à ce jour que l'allègement fiscal se traduit directement en viabilité.
Le congé n'a pas juste fait économiser quelques dollars aux consommateurs. Il a donné assez de marge aux clients sensibles aux prix pour sortir plus souvent, commander un verre de plus, essayer un nouveau restaurant. Pour les opérateurs, plus de couverts signifient de meilleurs marges sur des coûts fixes qui ne bougent pas, que tu serves 40 ou 60 personnes par soir.
Le portrait économique : 5,4 milliards $ et 80 000 emplois
L'analyse économique de Restaurants Canada, publiée en juin 2025, projette qu'une exemption permanente de la TPS de 5 % sur tous les aliments pourrait :
- Faire économiser 5,4 milliards $ en taxes aux Canadiens chaque année
- Créer 64 300 emplois en restauration
- Générer 15 700 emplois supplémentaires dans les secteurs connexes
- Ajouter environ 25 000 emplois jeunesse, sachant que 40 % des travailleurs en restauration ont moins de 25 ans
Ce dernier point a du poids politique. La restauration est la première source d'emploi pour les jeunes au Canada, avec plus de 500 000 travailleurs de moins de 25 ans. Une exemption permanente ne profite pas qu'aux restaurants : elle alimente le pipeline de jeunes qui entrent sur le marché du travail.
Et l'opinion publique suit. Selon Restaurants Canada, 84 % des Canadiens estiment qu'un aliment ne devrait pas être taxé différemment selon l'endroit où on l'achète.
Combien de taxes ton restaurant fait payer (et remet)
La taxe de vente totale sur les repas au restaurant varie considérablement d'une province à l'autre, et cet écart fait partie du problème.
| Province | Taxe sur les repas | Ventilation |
|---|---|---|
| Alberta | 5 % | TPS seulement |
| Saskatchewan | 11 % | 5 % TPS + 6 % TVP |
| Colombie-Britannique | 12 % | 5 % TPS + 7 % TVP |
| Manitoba | 12 % | 5 % TPS + 7 % TVP |
| Ontario | 13 % | TVH |
| Nouvelle-Écosse | 14 % | TVH (réduite de 15 % en avril 2025) |
| Québec | 14,975 % | 5 % TPS + 9,975 % TVQ |
| Nouveau-Brunswick | 15 % | TVH |
| Île-du-Prince-Édouard | 15 % | TVH |
| Terre-Neuve | 15 % | TVH |
Un client à l'Île-du-Prince-Édouard paye 15 % de taxe sur un repas à 30 $ : 4,50 $. Le même repas en Alberta : 1,50 $. Mais au Québec, la charge de 14,975 % place la province parmi les plus taxées, juste derrière les Maritimes. Sur une entrée à 30 $, ça fait 4,49 $ de taxes, avant même le pourboire.
Et la frustration ne s'arrête pas là. Dans chaque province, l'épicerie d'en face vend des salades préparées, des poulets rôtis et des repas prêts-à-manger à zéro TPS. Ton restaurant vend la même chose, préparé frais, et la taxe complète s'applique. C'est l'asymétrie au coeur de cette campagne.
Le Québec vient de creuser l'écart
Le 15 juillet 2026, le gouvernement du Québec retire de façon permanente la TVQ sur une série de produits essentiels vendus en épicerie et en pharmacie : fruits et légumes prêts à servir, barres tendres, noix salées, muffins en emballage individuel. La mesure coûte environ 102 millions $ par année au trésor public.
Mais la détaxe ne s'applique pas aux restaurants. Les produits vendus par un établissement dont la majorité des ventes est déjà soumise à la TVQ sont explicitement exclus.
Résultat concret : à partir de juillet, un client qui achète une salade de fruits prête à manger à l'épicerie paye zéro TVQ. La même salade, commandée au comptoir de ton restaurant : 9,975 % de TVQ. L'écart entre les deux vient de se creuser encore.
Selon Maximilien Roy, vice-président fédéral et Québec chez Restaurants Canada, le maintien de la TVQ nuit particulièrement aux restaurateurs des régions frontalières comme l'Outaouais. Quand un client peut traverser la rivière et payer 13 % de TVH en Ontario au lieu de 14,975 % au Québec, chaque dollar compte.
Le même phénomène se dessine au Manitoba. À partir du 1er juillet 2026, toute la TVP sur les aliments préparés vendus en épicerie y sera éliminée. Le comptoir deli d'un supermarché à Winnipeg facturera zéro taxe provinciale sur un souper de poulet chaud, pendant que le restaurant voisin charge 7 % de TVP sur le même plat.
Pourquoi ça compte plus en 2026 qu'il y a cinq ans
L'industrie de la restauration est en mode survie depuis des années, et les chiffres empirent.
Selon le rapport Q1 2026 de Restaurants Canada, 71 % des opérateurs rapportent une baisse de rentabilité cette année. 49 % signalent des ventes en recul. 54 % voient moins de clients franchir la porte. Et 36 % opèrent à perte ou au seuil de rentabilité, soit le triple du taux de 2019.
Les pressions sont constantes : 91 % des opérateurs citent les coûts alimentaires, 87 % la main-d'oeuvre, et 69 % disent que leurs clients sortent tout simplement moins souvent par souci d'économie. Le Canada a perdu 7 000 restaurants en 2025, et les prévisions tablent sur 4 000 fermetures supplémentaires en 2026.
Dans ce contexte, une réduction de 5 % sur le prix de chaque repas n'est pas marginale. Pour un restaurant qui fait 800 000 $ de ventes annuelles, l'exemption de TPS représente environ 40 000 $ de moins en taxes sur les factures de tes clients. Ce n'est pas de l'argent que tu gardes (il n'a jamais été le tien), mais c'est 40 000 $ de prix plus bas qui pourraient ramener les clients qui ont arrêté de venir parce qu'une entrée à 30 $ devenait une facture à 38 $ avec la taxe et le pourboire.
Pour un indépendant de 40 places qui tourne à 3-5 % de marge, la différence entre 54 couverts par soir et 60 couverts par soir, c'est la différence entre rester ouvert et fermer. Le congé fiscal a prouvé que ces couverts supplémentaires se matérialisent quand le prix baisse.
Ce qu'il faut savoir avant de s'emballer
La campagne a un réel élan, mais une exemption permanente n'est pas acquise. Voici les considérations honnêtes.
Le coût fédéral est important. Retirer la TPS de tous les aliments (épicerie et restaurants confondus) coûterait environ 5,4 milliards $ par année au gouvernement en revenus perdus. Les élus vont peser ça contre les projections de création d'emplois et de stimulus économique.
La coordination provinciale est compliquée. Le fédéral ne peut retirer que la TPS de 5 %. Au Québec, la TVQ est séparée et nécessite sa propre modification législative. Le gouvernement québécois a détaxé l'épicerie mais pas les restaurants, ce qui signifie que même si Ottawa agit, Québec devra bouger séparément pour la TVQ.
Le calendrier est inconnu. La campagne roule depuis juin 2025 et la couverture médiatique s'intensifie (La Presse, Radio-Canada, TVA). Mais il n'y a pas de projet de loi, pas de comité parlementaire, pas d'engagement gouvernemental. C'est du lobbying au stade « bâtir la pression publique », pas au stade « implantation ».
La question de la transparence. Si la TPS est retirée, est-ce que le restaurant baisse ses prix ou encaisse la différence? Pendant le congé fiscal, la plupart des systèmes de caisse ont simplement arrêté d'ajouter la taxe à la facture, et le client a vu la baisse directement. L'attente sera la même pour une mesure permanente.
Ce que tu peux faire maintenant
Que l'exemption se concrétise ou non, s'impliquer ne coûte rien et prend cinq minutes.
Signe la pétition sur foodisfood.ca. Restaurants Canada recueille des signatures d'opérateurs et de consommateurs pour démontrer l'appui public aux législateurs. Plus il y a de signatures de vrais restaurateurs, plus la position de lobbying est solide.
Partage la campagne sur tes réseaux. Publie là-dessus sur les réseaux sociaux de ton restaurant. Tes clients se soucient de l'abordabilité alimentaire, et plusieurs ne savent pas que les repas au restaurant sont taxés alors que les plats préparés en épicerie ne le sont pas. La sensibilisation en soi a de la valeur.
Contacte ton député. Restaurants Canada fournit des outils pour rejoindre ton député fédéral et ton député provincial. Un courriel personnel d'un restaurateur de la circonscription pèse plus lourd qu'une lettre type.
Suis l'évolution du dossier. Ce n'est pas une pétition ponctuelle, c'est une campagne continue. Si une exemption de TPS se concrétise, tu vas vouloir être prêt à ajuster ton POS, revoir tes prix et communiquer le changement à tes clients.
Le portrait plus large pour les indépendants
La campagne d'exemption de TPS dépasse les économies fiscales. C'est une question de savoir si le gouvernement traite les restaurants comme un maillon de la chaîne alimentaire, ou comme un luxe qu'on taxe en conséquence.
L'industrie canadienne de la restauration, c'est un secteur de 120 milliards $ qui emploie près de 1,2 million de personnes. Mais le code fiscal trace encore une ligne artificielle entre un aliment acheté à l'épicerie et un aliment préparé au restaurant. L'un est traité comme une nécessité. L'autre comme une dépense discrétionnaire.
Pour les indépendants qui roulent sur des marges minces, avec des coûts alimentaires qui grimpent, des coûts de main-d'oeuvre en hausse et moins de clients qui franchissent la porte, la question n'est pas abstraite. C'est savoir si l'environnement fiscal t'aide ou te nuit dans ta capacité à rester ouvert.
Le congé fiscal a montré ce qui est possible. La campagne « Food is Food » essaie de le rendre permanent. Que tu penses que ça va se réaliser ou non, ajouter ta voix à la conversation prend cinq minutes et ne coûte rien.
Sources : Restaurants Canada, analyse économique, Campagne Food is Food, Restaurants Canada, rapport Q1 2026, Gouvernement du Canada, congé TPS/TVH, L'Express Franchise, Protégez-Vous, Journal de Sherbrooke.
Questions fréquentes
C'est quoi la campagne « Food is Food »?
Lancée par Restaurants Canada en juin 2025, la campagne « Food is Food » (foodisfood.ca) demande au gouvernement fédéral de retirer la TPS et la TVH sur tous les aliments, y compris les repas au restaurant. L'argument central : un aliment ne devrait pas être taxé différemment selon le lieu d'achat.
Combien de taxes paye-t-on au restaurant au Québec?
Au Québec, les repas au restaurant portent 14,975 % de taxes combinées (5 % TPS + 9,975 % TVQ). C'est l'un des taux les plus élevés au pays, comparable aux provinces maritimes (15 % TVH) et nettement au-dessus de l'Alberta (5 % TPS seulement).
Qu'est-ce que le congé de TPS a changé pour les restaurants?
Le congé de TPS/TVH de décembre 2024 à février 2025 a fait bondir les ventes en restauration de 8,6 % en janvier, réduit les faillites de 50 % sur un an et créé 24 000 emplois en deux mois. C'est la preuve la plus solide que la réduction de taxe stimule directement l'achalandage.
Est-ce que la TVQ va être abolie sur les repas au restaurant?
Pour l'instant, le gouvernement du Québec n'a pas signalé d'intention d'étendre la détaxe aux restaurants. La TVQ a été retirée de certains produits d'épicerie (en vigueur le 15 juillet 2026), mais les restaurants sont explicitement exclus. Restaurants Canada continue de faire pression pour l'inclusion.
Comment un restaurateur peut appuyer la campagne?
Signe la pétition sur foodisfood.ca, partage la campagne sur les réseaux sociaux de ton restaurant, et contacte ton député fédéral et provincial. Restaurants Canada fournit des outils pour faciliter la prise de contact. Les signatures de vrais opérateurs ont plus de poids dans le lobbying.




