Couts et operations

Nouvelles règles EIMT avril 2026 : embaucher en cuisine

Par Pete Ross19 juillet 20268 min de lecture
Cuisine de restaurant indépendant entre deux services, postes de travail inoccupés

En avril 2025, t'avais déjà de la misère à trouver un plongeur. En avril 2026, Ottawa a décidé de compliquer les choses.

Deux changements sont entrés en vigueur le 1er avril pour les demandes d'EIMT à bas salaire (le volet qui couvre la quasi-totalité des postes en cuisine). L'affichage obligatoire sur le Guichet-Emplois passe de 4 à 8 semaines consécutives. Et tu dois maintenant prouver que t'as fait des efforts spécifiques pour recruter des jeunes de 15 à 30 ans. Ces deux règles s'ajoutent au gel qui bloque les EIMT à bas salaire à Montréal et Laval jusqu'au 31 décembre 2026.

Pour un resto indépendant qui cherche un cuisinier, ça veut dire une chose : l'EIMT n'est plus ta meilleure option. C'est probablement ta pire.

Ce qui a changé le 1er avril 2026

L'affichage passe de 4 à 8 semaines

Avant avril, tu devais afficher ton poste sur le Guichet-Emplois pendant 4 semaines (30 jours). C'est maintenant 8 semaines consécutives, dans les trois mois avant de déposer ta demande. L'affichage doit être complètement terminé avant d'envoyer quoi que ce soit.

Tu dois aussi utiliser au moins quatre méthodes de recrutement différentes : le Guichet-Emplois, oui, mais aussi des sites d'emploi privés, des agences, des salons d'emploi ou d'autres canaux documentés.

Le recrutement jeunesse devient obligatoire

Service Canada exige maintenant que tu démontres des efforts ciblés pour recruter des Canadiens et résidents permanents de 15 à 30 ans. Concrètement, ça implique d'afficher dans la section jeunesse du Guichet-Emplois, de publier sur des plateformes fréquentées par les jeunes, et de contacter des établissements d'enseignement ou des programmes comme la Stratégie emploi et compétences jeunesse.

Ces démarches s'ajoutent aux exigences existantes. Elles ne les remplacent pas.

Le gel à Montréal et Laval continue

Depuis 2024, aucune demande d'EIMT à bas salaire n'est traitée dans les régions de Montréal et de Laval. Le gel est prolongé jusqu'au 31 décembre 2026. Si ton resto est sur l'île de Montréal ou à Laval, l'EIMT à bas salaire n'est tout simplement pas une option.

Le seuil « bas salaire » au Québec : 34,62 $/h. Un cuisinier à 20 $/h, un plongeur à 16,60 $/h, un aide-cuisinier à 18 $/h : tous tombent dans le volet bas salaire.

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Combien ça coûte (vraiment) d'embaucher via l'EIMT

Les frais gouvernementaux, c'est juste le début. Voici ce que ça représente pour un indépendant qui veut embaucher un cuisinier via le processus complet.

Poste de dépense Montant
Frais EIMT (Service Canada) 1 000 $ par poste
Frais CAQ (Québec) 216 $
Honoraires avocat/consultant en immigration 2 000 $ à 5 000 $
Affichage et recrutement (4+ méthodes, 8 semaines) 500 $ à 1 500 $
Frais de permis de travail (payés par le travailleur) 155 $
Logistique (billet d'avion, hébergement temporaire) 1 500 $ à 4 000 $
Total employeur 5 300 $ à 11 800 $

Et le temps? Avec 8 semaines d'affichage, 9 à 24 semaines de traitement EIMT (volet bas salaire), plus le CAQ et le permis de travail, le processus complet prend entre 25 et 52 semaines. Six mois à un an pour un cuisinier.

Pour un resto qui fait 800 000 $ de revenus annuels, 11 800 $ représente 1,5 % du chiffre d'affaires. Pour une seule embauche.

Pourquoi les règles changent (et pourquoi ça ne règle rien en cuisine)

Ottawa veut que les employeurs embauchent localement avant de se tourner vers l'étranger. Sur papier, c'est logique. En pratique, la restauration est coincée.

Le taux de chômage des jeunes au Canada est à 14,3 % (avril 2026). Ça fait beaucoup de jeunes disponibles, en théorie. Le problème : 80 % des restaurateurs rapportent des difficultés à embaucher en cuisine, et le secteur compte près de 100 000 postes vacants à l'échelle nationale. Au Québec, c'est 10 800 postes dans l'hébergement et la restauration.

Les jeunes disponibles ne postulent pas en cuisine. Les conditions (chaleur, horaires, fin de semaine) et les salaires ne compétitionnent pas avec d'autres secteurs. Obliger les restaurateurs à « cibler les jeunes » avant de pouvoir embaucher à l'étranger, c'est ajouter du paperwork sans changer l'équation fondamentale.

L'ARQ et Restaurants Canada le répètent depuis 2024 : plus de 21 000 travailleurs étrangers temporaires ont travaillé en restauration au Québec depuis 2021. Environ 16 000 sont encore actifs. Ce n'est pas du remplacement de main-d'oeuvre locale, c'est du comblement de postes que personne d'autre ne veut.

Trois alternatives plus rapides que l'EIMT

L'EIMT n'est pas la seule voie. Pour la plupart des indépendants, ce n'est même pas la meilleure. Voici trois options qui ne passent pas par le processus standard.

1. Expérience internationale Canada (EIC/PVT)

Le Programme Vacances-Travail est la porte d'entrée la plus simple. En 2026, il y a 5 661 places pour la France et 725 pour la Belgique. Le permis est ouvert (le travailleur peut travailler pour n'importe quel employeur), dure jusqu'à 24 mois, et ne nécessite aucune EIMT.

EIMT bas salaire EIC/PVT
EIMT requise Oui Non
Coût employeur 5 300 $ à 11 800 $ ~230 $ (offre d'emploi électronique)
Délai 6 à 12 mois 4 à 8 semaines
Durée du permis 12 mois max 24 mois

Le hic : le travailleur doit venir d'un des 36 pays participants, et les places partent vite (surtout France). Mais si tu trouves un cuisinier français ou belge qui veut venir travailler au Québec, c'est de loin l'option la plus rapide.

2. Recruter parmi les travailleurs déjà au Canada

Des milliers de personnes au Québec détiennent déjà un permis de travail ouvert : conjoints de travailleurs ou d'étudiants, demandeurs d'asile avec permis de travail, détenteurs de PVT. Ils peuvent travailler pour n'importe quel employeur sans que tu aies besoin d'une EIMT.

Où les trouver? Les organismes d'aide aux réfugiés et aux nouveaux arrivants (MIDI, Accueil-Liaison, PROMIS) ont souvent des programmes de jumelage emploi. Des groupes Facebook comme « Emplois pour nouveaux arrivants Montréal » fonctionnent aussi.

3. PEQ : la voie de rétention

Le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a rouvert en avril 2026 pour deux ans. Si tu as déjà un travailleur étranger avec deux ans d'expérience au Québec, le PEQ lui ouvre la voie vers la résidence permanente. C'est un outil de rétention, pas de recrutement : tu ne trouves pas un nouveau cuisinier avec le PEQ, mais tu gardes celui que t'as déjà formé.

Pour les travailleurs présents avant novembre 2025, une clause de droits acquis s'applique.

Le traitement simplifié : une demi-solution

Le Québec maintient une liste de 60 professions admissibles au traitement simplifié (contre 76 en 2025). Les cuisiniers expérimentés sont sur la liste.

Le traitement simplifié allège certaines exigences documentaires, mais ne dispense pas de l'EIMT. Tu dois quand même payer les 1 000 $, respecter les 8 semaines d'affichage, et cibler les jeunes. C'est un raccourci administratif, pas un raccourci de délai.

Et les aides-cuisiniers, plongeurs, serveurs? Ils ne sont pas sur la liste. Pour ces postes, c'est le processus complet.

La mesure rurale : si ton resto n'est pas à Montréal

Depuis le 1er avril 2026, les employeurs situés hors des régions métropolitaines de recensement (RMR) peuvent embaucher jusqu'à 15 % de leur effectif en TET à bas salaire, contre 10 % habituellement. La mesure expire le 31 mars 2027.

Pour un resto de 12 employés en Charlevoix ou dans les Laurentides, ça passe de 1 à 1 poste TET supplémentaire. Pas un changement majeur, mais chaque poste compte quand tu roules avec une équipe de cuisine réduite.

Le Québec n'a pas donné carte blanche pour cette mesure. Contrairement à la Nouvelle-Écosse, qui a accepté l'augmentation complète, le Québec permet uniquement le maintien des niveaux déjà en place.

Francisation : la nouvelle couche

Depuis le 17 décembre 2025, les entreprises québécoises de 25 employés et plus doivent être conformes à leurs obligations de francisation pour obtenir une EIMT positive. Pour un indépendant avec 8 employés, ça ne change rien. Pour un resto plus gros avec du personnel dans plusieurs établissements, ça ajoute un dossier à tenir à jour.

Autre règle : à partir de décembre 2025, un TET avec trois ans au Québec doit démontrer un niveau de français oral 4 pour renouveler son CAQ. Ce n'est pas une exigence à l'embauche, mais ça affecte la rétention à moyen terme.

Ce qu'il faut retenir

Les règles d'EIMT à bas salaire n'ont jamais été conçues pour des restos indépendants qui cherchent un cuisinier. Elles ont été conçues pour contrôler l'immigration temporaire à l'échelle nationale. Tu te retrouves à naviguer un système qui coûte plus de 5 000 $, qui prend 6 à 12 mois, et qui exige que tu prouves que t'as essayé de recruter des jeunes qui ne postulent pas.

Avant de lancer une demande d'EIMT, explore les alternatives : EIC/PVT pour les recrues internationales, permis ouverts pour les travailleurs déjà au Canada, PEQ pour retenir ceux que t'as déjà. Si l'EIMT reste ta seule option, prévois le budget et le calendrier en conséquence : commence les démarches au moins 9 mois avant d'avoir besoin du poste comblé.

Sources : Immigrant Québec, Immétis, Canada.ca, Restaurants Canada, ARQ, Statistique Canada.


Questions fréquentes

Combien coûte une demande d'EIMT pour un restaurant au Québec ?

Les frais gouvernementaux sont de 1 000 $ (EIMT) plus 216 $ (CAQ). Avec les honoraires d'avocat, l'affichage et la logistique, le coût total pour l'employeur se situe entre 5 300 $ et 11 800 $ par embauche.

Combien de temps prend le processus EIMT pour un poste en cuisine en 2026 ?

Avec les 8 semaines d'affichage obligatoire, le traitement de l'EIMT (9 à 24 semaines pour le volet bas salaire), le CAQ et le permis de travail, le processus complet prend entre 25 et 52 semaines, soit 6 à 12 mois.

Quelles alternatives à l'EIMT existent pour embaucher en cuisine ?

Trois alternatives principales : le PVT/EIC (permis ouvert, sans EIMT, 4 à 8 semaines), le recrutement de travailleurs déjà au Canada avec des permis ouverts, et le PEQ pour retenir les TET déjà en poste.

L'EIMT est-elle possible à Montréal pour un poste en cuisine ?

Non. Les demandes d'EIMT à bas salaire (moins de 34,62 $/h) sont gelées à Montréal et Laval jusqu'au 31 décembre 2026. Les postes de cuisine tombent sous ce seuil.

C'est quoi le traitement simplifié de l'EIMT au Québec ?

Le traitement simplifié allège les exigences documentaires pour 60 professions en demande (dont les cuisiniers expérimentés). Mais il ne dispense pas de l'EIMT, des frais, des 8 semaines d'affichage ni du recrutement jeunesse.

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