Histoires

Minh Phat Tu (Mui Mui, Anemone, Sae Low) : trois salles, un portrait

Par Pete Ross11 mars 20265 min de lecture
Trois assiettes differentes sur un comptoir, representant les trois restaurants de Minh Phat Tu

Le sandwich qui a tout parti

Minh Phat Tu avait six ou sept ans quand il a compris quelque chose en mangeant un sandwich au beurre d'arachides et confiture. Le melange sucre-sale, la texture, le mariage des saveurs. Rien de gastronomique. Juste un moment ou le gars a realise que la nourriture pouvait faire quelque chose de plus que remplir un estomac.

Son pere etait deja dans la game. Chef de banquets corporatifs et d'hotels, il travaillait des semaines qui n'en finissaient plus. Ses parents, d'origine chinoise, etaient nes au Vietnam avant de fuir la guerre pour s'installer a Montreal. A la maison, on cuisinait chinois, vietnamien, quebecois. Le steak cotoyait le pate chinois et la soupe tonkinoise. Minh, deuxieme de trois garcons, parlait cantonais avec ses freres et regardait son pere rentrer epuise.

Il a quand meme ecrit « chef » dans son album de finissants du primaire.

A 14 ans, il faisait du benevolat dans un centre communautaire, preparant des repas pour les aines du quartier. A 17 ans, il etait deja dans une popote roulante. Pas un stage glamour, pas un restaurant branche. Un centre communautaire. C'est la que ca commence pour de vrai.

Meilleure expérience client. De plus grosses soirées. 299 $. Une fois seulement.

Les mentors qui l'ont construit par couches

Apres son DEP a Calixa-Lavallee, Minh a decroche un stage au Club Chasse et Peche. Le restaurant ne pouvait pas l'embaucher tout de suite, mais ils l'ont rappele a 19 ans. Il y est reste trois ans, passant par chaque poste de la brigade, du garde-manger au dressage. Le chef Claude Pelletier lui a appris les bases et la rigueur adulte. « Sans lui, je ne serais pas la aujourd'hui », dit Minh dans une entrevue avec Recettes d'ici.

Ensuite, trois ans au Filet sous Yasu Okazaki. C'est la qu'il a absorbe la precision japonaise, les techniques qui allaient colorer tout ce qu'il ferait par la suite. Minh decrit cette periode comme « la meilleure job de ma vie ».

Puis Orange Rouge, dans le Chinatown de Montreal. Chef a 24 ans, sans reputation, avec une equipe a batir de zero. Sept ans intenses a apprendre le leadership et l'entrepreneuriat. Chaque mentor a ajoute une couche : Pelletier les fondations, Okazaki la precision, Orange Rouge l'autonomie.

La patience est remarquable pour quelqu'un avec autant d'energie. Il n'a pas saute d'etapes. Il a tourne chaque poste, appris chaque station. Le genre de discipline qu'on ne voit pas souvent chez les chefs de sa generation.

Tout perdre, tout construire

En juin 2020, Orange Rouge a ferme. La pandemie a vide le Chinatown. Au meme moment, sa relation s'est terminee, son chien est mort, il a eu 30 ans. Le genre de periode ou la plupart des gens se retirent.

Minh a ouvert Mui Mui en fevrier 2021, d'abord en livraison et pour emporter, puis avec terrasse et salle a manger l'ete suivant. « 100 % moi », comme il le decrit. Cuisine asiatique inspiree par le marche Jean-Talon, ou il se presente deux a trois fois par semaine sans liste d'epicerie. Il laisse les etals lui dicter le menu.

Son moment prefere de la journee? La preparation, seul dans la cuisine. « C'est mon moment. Je mets de la musique. Je fais mon affaire », raconte-t-il a La Presse. Le gars qui se decrit comme un « jobaddict » et qui buvait quatre ou cinq cafes par jour pendant le tournage des Chefs! trouve sa paix dans le silence de la mise en place a 9 h du matin.

Apres Mui Mui, Anemone est arrive. Un projet different, dans l'ancien espace du Manitoba en Mile-Ex. Avec Mike Madokoro, un collegue du Filet qu'il connait depuis dix ans, et Elena Raceviciute Ouellette, sommeliere qui avait le nom en reserve depuis longtemps (elle a meme le tatouage de la fleur, l'anemone pulsatille, la fleur provinciale du Manitoba). Cuisine gastronomique, nouilles biang biang au lapin braise, temaki, techniques de fermentation. Plus ambitieux, plus collaboratif. « On est tres inspires par ce que Manitoba essayait de faire », expliquent les trois partenaires.

Puis Sae Low, un cafe-buvette de quartier a Villeray. Quand les anciens proprios du Cafecoquetel lui ont propose de reprendre l'espace, Minh a voulu garder « l'ame de ce qu'ils avaient cree ». Il a assemble son equipe a partir de ses proches. « Essentiellement, tous mes meilleurs amis sont ici. »

Trois salles, un seul gars

Mui Mui, c'est lui : son expression personnelle, sa cuisine, sa musique pendant la mise en place. Anemone, c'est l'ambition partagee : le gastronomique, le travail d'equipe avec des gens qu'il respecte. Sae Low, c'est l'amitie : la buvette de quartier ou il travaille avec son cercle rapproche.

Trois restaurants qui ne se ressemblent pas du tout, et qui ensemble dessinent le portrait complet du bonhomme.

Au printemps 2025, Minh a participe a la saison 14 des Chefs! sur Radio-Canada. Il a remporte le prix Coup de coeur de la brigade avant d'etre elimine a la cinquieme semaine pour un eclat de coquille dans un oeuf poche. Son depart a fait pleurer l'animatrice Elyse Marquis et la juge Colombe St-Pierre. Sa reaction? « Je n'ai pas gagne le prix, mais j'ai gagne autre chose. J'ai laisse ma trace. »

Minh Phat Tu a regarde son pere s'epuiser dans les cuisines. Il a choisi la meme vie. Il a perdu un restaurant a une pandemie et il en a ouvert trois. Il construit avec ses amis, pas avec des investisseurs. Il trouve son calme dans la mise en place, seul avec sa musique et une planche a decouper.

C'est la realite de la restauration independante : ca n'a de sens que si tu ne peux pas t'imaginer faire autre chose.

Sources : Tastet, La Presse, Recettes d'ici, Boutique B, Sotheby's.


Étiquettes
Minh Phat TuMui MuiAnemoneSae LowMontrealchefrestaurant independantLes Chefs
Retour au blogue

Pour continuer la lecture

Recu de restaurant sur table de bistro avec systeme de caisse en arriere-plan
Techno resto

Systeme de caisse pour restos : le vrai comparatif

Au Quebec, ton systeme de caisse doit etre certifie MEV-Web depuis aout 2025. Apres ca, le choix depend de ta taille, de ton budget et de tes integrations. Square coute 0 $/mois mais te charge 2,65 % par transaction. TouchBistro part a 69 $/mois, iPad seulement. Lightspeed demande 89 $/mois avec contrat annuel. Voici ce que chaque option coute vraiment quand tu fais le calcul complet.

22 mai 2026

Les mains d'un cuisinier qui disposent les ingrédients sur un plan de travail dans la lumière du matin
Couts et operations

Salaire minimum à 16,60 $ : le vrai coût pour ton resto

Le 1er mai 2026, le salaire minimum au Québec passe de 16,10 $ à 16,60 $. Pour un resto indépendant de 40 places, ça représente 11 000 $ à 13 000 $ par année une fois qu'on inclut les charges sociales et la compression salariale. À une marge de 3 à 5 %, c'est environ le tiers de ton profit annuel. Voici le calcul, le contexte des six dernières années et cinq leviers pour absorber la hausse sans monter tous les prix du menu.

28 avril 2026

Chef dans une cuisine ouverte, lumière matinale, comptoir en bois
Histoires

Francis Blais (Menu Extra, Bistro à Franky) : du plongeur au chef qui réinvente les règles

Francis Blais a commencé comme plongeur à 17 ans chez Delmo. Cinq ans au Mousso, trois stages internationaux et une victoire à Top Chef Canada plus tard, il a cofondé Menu Extra pour réinventer la gastronomie hors des murs d'un restaurant. Aujourd'hui, il ouvre le Bistro à Franky sur Bernard : un retour aux classiques, à sa manière.

9 avril 2026

Comptoir de food truck avec préparation de nourriture, vue de l'intérieur du camion
Ouvrir un restaurant

Permis food truck au Québec : le vrai parcours

Lancer un food truck au Québec demande un permis MAPAQ, une cuisine commissaire sous permis, un permis municipal qui varie d'une ville à l'autre, et une assurance commerciale. À Montréal, le permis annuel coûte 2 075 $. À Québec, 100 $ pour la saison. Le vrai défi n'est pas le camion : c'est naviguer trois paliers de gouvernement en même temps.

12 juin 2026

Deux mocktails colorés sur un comptoir de bar de restaurant indépendant
Marketing restaurant

Carte sans alcool : le levier marketing que ton resto ignore

Au Canada, les ventes de boissons sans alcool ont bondi de 24 % en un an pour atteindre 199 M$. Montréal mène le pays. Pourtant, la plupart des indépendants offrent encore du Perrier et du jus de canneberge comme seules options. Un programme NA structuré coûte moins cher à lancer qu'un cocktail classique, génère des marges de 65 à 75 %, et attire une clientèle que tu perds autrement. Voici comment monter le tien en cinq étapes.

10 juin 2026

50 places seulement

Des restos partout au Québec s'inscrivent

Tout ce qu'il te faut. 299 $. Une fois seulement.

Avantages, ajouts, cartes-cadeaux no-show, carte enregistrée et rappels automatisés. Tout pour une meilleure expérience client et de plus grosses soirées. Paiement unique. Pas d'abonnement. 50 premiers restaurants seulement.

On te texte uniquement pour vérifier ton numéro et t'aviser au lancement pour que tu puisses réclamer ton accès à vie.

Fait au Québec · Conforme au projet de loi 72 · Aucune carte de crédit · Aucun pourriel